La filature de Gouville-sur-Mer

La filature de Gouville-sur-mer, dans la Manche, est cette grande bâtisse de forme carrée situé au 35 de la rue du littoral. Ce bâtiment aux grandes fenêtres entourées de briques rouges est un témoignage particulièrement intéressant de l’architecture industrielle du XIXème siècle.


Vital Aimable Journeaux (vers 1870)
Vital Aimable Journeaux (vers 1870)

Le fondateur

Vital Aimable Journeaux, né en 1793, en fut le fondateur. Il fut le 15ème enfant de son père, petit cultivateur de la commune, et le 10ème de sa mère que son père épousa en seconde noce. Gros travailleur, de caractère très entreprenant, Vital s’intéressa à la mercerie, puis à la rouennerie faite à la main. Il s’initia par la suite au tissage mécanique et fit ramener de Rouen deux métiers à carder et deux métiers à tisser qu’il installa dans la maison de sa mère au lieu-dit la Pajoterie à Gouville.

 


La première filature : 1829

Elle se trouvait dans l’actuelle cour de l’Association des Jeunes Diabétiques (39 rue du littoral). Le bâtiment de la filature, dont une bonne partie a aujourd’hui disparue, était accolé à un bâtiment de section carrée surmonté d’un toit trapézoïdal en vue d’utiliser le vent comme force motrice pour les machines. Le projet fut cependant abandonné et un manège à bœufs remplaça le vent.

L’entreprise prenant de l’ampleur, Vital décida d’ajouter un étage à ce premier bâtiment. Le toit de zinc fut soulevé d’un seul tenant à l’aide de solides madriers et les murs furent rehaussés.


La nouvelle filature : 1874

Louis Désiré Laisney
Louis Désiré Laisney
Publicité filature de laine
Publicité filature de laine

L’exiguïté des locaux et l’arrivée du train à vapeur à Gouvilleincitèrent Louis Désiré Laisney, gendre et associé de Vital Aimable Journeaux, à construire un nouveau bâtiment pour la filature ; la « mécanique » comme la nommaient les Gouvillais. Le terrain situé de l’autre côté de la rue du littoral fut choisi.

L’architecte Edouard Bérard conçut un bâtiment de forme carrée de 26 m de côté, comprenant un rez-de-chaussée et un étage dans lequel s’alignaient les machines commandées par un arbre de transmission qui traversait le bâtiment. La force motrice était fournie par une machine à vapeur située dans un bâtiment surmonté d’une cheminée de près de 30 m. Autour de l’édifice principal de nombreux bâtiments annexes ainsi que deux bassins complétaient l’ensemble.

À partir de 1890, Charles, Mélanie et Léonor Laisney, trois enfants de Louis Désiré, reprirent l’affaire qui employait 150 personnes.


Les colonies de vacances : 1923

La guerre de 14-18 et le coût des combustibles furent fatals pour l’entreprise. En 1923, les propriétaires cessèrent l’activité et décidèrent de vendre les bâtiments à Louis Jacquignon, instituteur et créateur de l’institut Fénelon, qui fit un abattre la cheminée et transforma les locaux en colonie de vacances. Le centre possédait une capacité d’accueil d’environ 500 enfants. Une annexe fut également ouverte dans le château de Gonneville (qui deviendra la colonie du CCAS de l’EDF après-guerre).

Durant la guerre de 39-45, les bâtiments seront utilisés pour accueillir des réfugiés espagnols (hiver 1938) puis des prisonniers algériens (1941) et les apprentis de la Marine de Cherbourg (avril 1943).

En 1946, Louis Jacquignon vendit les bâtiments à la ville de Maison-Alfort qui poursuivit l’activité de centre de vacances. La transformation des bâtiments permit d’accueillir près de 8250 jeunes entre 1946 et 1980.

Parallèlement, une colonie fut installée à partir de 1937 dans les locaux de la première filature sous la tutelle du père Blain des Cormiers qui participa à la création de l’association St Marcouf.


La filature : aujourd’hui

La commune qui est propriétaire du bâtiment de la filature depuis les années 1980 en a fait un lieu important de la vie associative, culturelle et sportive. Une partie du premier étage est occupé par les bureaux du comité régional de conchyliculture de Normandie, Mer du Nord. Autour du bâtiment principal, des gîtes de mer, ouverts à la location, ont été aménagés et accueillent nombre d’estivants tout au long de l’année.